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A Libé

jeudi 7 juillet 2011, par Moumen Smihi

Filmer, contre la mort.

Moumen Smihi est né à Tanger au Maroc en 1945. Il fait des études supérieures à Paris à l’IDHEC (Institut Des Hautes Etudes Cinématographiques) et à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes sous la direction de Roland Barthes. Il a également travaillé dans l’enseignement, le journalisme et l’assistanat à la télévision en France.

Pourquoi filmez-vous ?

Faire des films est devenu pour moi l’ambition et la tentation (naïveté sans doute) de l’universalité : c’est le désir d’introduire, de glisser dans l’énorme machine spéculaire et invocante, quelques images et quelques sons de ma culture, de mes lieux culturels : Maroc, arabité, Islam, colonisation, naissance à la modernité, relecture de l’héritage culturel, terreurs et impératifs du sous-développement. Je filme et veux filmer pour réaliser un désir étoilé et multiple : Désir de discours autobiographique (un sujet, un pays, une ville, un groupe socio-culturel). Désir esthétique : traiter, pratiquer l’écriture par l’image et par le son, tout en l’alimentant par les apports de l’Histoire de l’esthétique arabo-musulmane. Désir analytique si l’on peut dire : m’interroger et interroger par rapport à l’ordre de l’image, à l’ordre de la voix. Par exemple : voir et réaliser que le tournage d’un film correspond à un lieu de croisement de l’hystérie, du pouvoir, de l’argent et de la violence, du défi et de la provocation du réel. Par exemple : que l’image-son, que le film se lisent selon une modalité proche de l’écoute psychanalytique (qu’est-ce que ça me dit, ce film ?) irriguée de l’immense plaisir (et parfois jouissance) esthétique. Mais pourquoi je continue à désirer filmer alors que la situation (chez moi comme dans le monde) de l’image et du son est si dure, torturante, impossible ? Parce que j’ai la foi. Je crois, religieusement, au sens étymologique, que la civilisation passe à l’ère de l’image-son (après l’écrit, après l’oral), que l’Histoire du cinéma (brièvement, à peine un siècle) a révélé les nouveaux plaisirs : des récits, des formes, des genres (des messages et des tâches, même). Certaines sociétés (surtout dans le Tiers-Monde) en sont à peine à approcher cette découverte. Il n’y a de civilisation, il n’y a de jouissance de la vie, il n’y a de parade à la mort, pour l’homme (pour le metteur en scène), que dans le geste de renouveler, toujours, les signes.

Moumen Smihi Réponse à Libération Numéro Hors-Série "Pourquoi filmez-vous ?" Paris, 1978.

2 Messages de forum

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