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Cinéma Egyptien

vendredi 8 juillet 2011

Défense et Illustration.

Le cinéma égyptien reste un sujet de débat dans toute la région arabe. Débat qu’on mène avec amour ou avec un ressentiment, en y apportant soit de simples remarques techniques, soit une critique permanente. Car le cinéma égyptien est considéré comme matri ciel dans le Monde arabe. Mais il y a encore un autre aspect des choses. En Occident, le cinéma arabe est considéré comme "oriental", ce qualificatif servant à désigner un plat appétissant mêlant le folklore à la musique et à la danse du ventre. A tel point que chaque bon film arabe est accueilli en Occident avec surprise et étonnement. Il y a en plus la guerre des satellites qui arrive. C’est un peu pour toutes ces raisons que le milieu cinématographique égyptien a accueilli chaleureusement le metteur en scène marocain Moumen Smihi, qui est venu au Caire tourner un documentaire sur le cinéma égyptien. Le film se veut un reportage, ou plus exactement une enquête filmée, multipliant les rencontres avec les artistes et les responsables des différentes étapes de la fabrication d’un film, depuis l’écriture du scénario jusqu’à la distribution de vidéo-cassettes, en passant par les problèmes de la production, le choix des acteurs, la prise de vue, la censure, la distribution. S’intitulant " Brève enquête sur le cinéma égyptien ", le film dure 52 minutes, et fut tourné en 16 mm synchrone, sur un scénario de Moumen Smihi, basé sur une étude sérieuse de l’Histoire du cinéma égyptien et de son enracinement dans la culture arabe. Le but du film est de présenter, aussi, un témoignage vivant sur les ambitions du cinéma égyptien actuel. Moumen Smihi est un metteur en scène marocain ambitieux qui a étudié le cinéma à Paris, à la fin des années 6O. Il a commencé sa carrière par la réalisation de courts métrages. Son premier film de long métrage date de 1976 ("El Chergui"). Le deuxième de 1982 ("44 ou Les récits de la nuit"). Enfin il a réalisé "Caftan d’amour" qui a été présenté au dernier Festival du Caire. Il travaille maintenant avec beaucoup d’enthousiasme sur ce nouveau projet, qui est une coproduction France-Egypte-Maroc. Il a en projet, en outre, la réalisation d’un long métrage, dont Bachir El Dik est en train d’écrire le scénario, et qui sera basé sur une histoire égyptienne, avec des artistes égyptiens. Le tournage du documentaire a mené Moumen Smihi sur divers lieux importants du Caire, tels la place Talaat Harb, le quartier des Studios de cinéma, les plateaux de cinéma, où il a tourné des scènes sur le tournage de feuilletons de la télévision, dont "Layali al hilmiya", et aussi dans les théâtres, où il a tourné une scène pendant la représentation de "Ahlan ya bakaouat", outre les lieux touristiques du Caire, tels les Pyramides, le Nil, et les monuments. Avant de s’envoler pour Paris, où il procédera au montage de son film, nous avons eu l’entretien suivant avec Moumen Smihi. -Pourquoi ce film ? Quel en est le but ? Pourquoi le cinéma égyptien ? -Parce que le cinéma égyptien est l’un des plus importants, des plus anciens cinéma du monde. Parce que le cinéma égyptien est la colonne vertébrale du cinéma arabe. Il a cent ans d’existence, avec une formidable accumulation dans le domaine industriel comme dans les domaines artistiques. Nous sommes aujourd’hui à une étape décisive de l’évolution de la culture des images et des sons. Nous sommes entrés dans une sorte de "guerre des images". Partout dans le monde on produit une image de soi qui connait une diffusion planétaire, grâce aux satellites. Les Arabes aussi sont tenus de prendre position dans ce paysage planétaire de l’image. Nous devons déterminer notre position par rapport au nouveau cinéma, par rapport au cinéma mondial. Nous devons procéder à une évaluation de notre cinéma, dont le centre en est l’Egypte, et en présenter une sorte de "fiche technique". A travers ce film, je tente une évaluation du cinéma égyptien, et je cherche à en parler d’une façon nouvelle, sans "retouches", sans embellir la situation actuelle. Je cherche à présenter un certain nombre de témoignages, par l’image et le son, sur la situation réelle. J’ai demandé à un certain nombre de metteurs en scène, de stars de l’écran, de décideurs dans la production, la distribution ou la télévision, de répondre chacun à une question précise, et cela pour dégager une image du cinéma arabe qui soit à l’opposé de l’image stéréotypée qu’on a en Occident du cinéma égyptien. Je n’ai pas voulu faire des entretiens avec les gens. A chacun, j’ai présenté une question précise, qui correspond à un témoignage particulier. J’ai demandé à Youssef Chahine d’intervenir sur le concept de Producteur-Réalisateur dans l’Histoire du cinéma. On sait que ce concept est fondamental dans le cinéma américain par exemple. A Salah Abou Seif, j’ai demandé d’évaluer le cinéma égyptien par rapport au cinéma arabe d’une part, et par rapport à la littérature arabe d’autre part, à travers son expérience de l’adaptation de Mahfouz. J’ai été très heureux que Tewfiq Salah ait accepté mon idée de le filmer en silence, sans qu’il parle, parce qu’il n’a pas tourné depuis longtemps. Avec Mohamed Khan, Khaïri Bishara et Bashir El Dik, j’ai pensé qu’il fallait une question complémentaire, à laquelle ils répondent, ensemble dans le cadre, successivement. Elle portait sur le destin, le futur du cinéma arabe. La grande surprise fut pour moi la réponse de la star Adil Imam. Je lui ai demandé, en le taquinant, s’il travaillait en fonction d’une spontanéité, comme le pense d’ailleurs son public, ou bien selon une méthode, une pratique et une pensée qui se référent à l’Histoire de la comédie cinématographique, qui est passée par les étapes successives du spectacle des forains, de celui du cirque, puis du théâtre et enfin du cinéma. Sa réponse témoigne que Imam est aussi un intellectuel parfaitement au courant de l’Histoire du cinéma ; la façon dont il a tracé les liens qui le lient à Al Kassar, à la tradition culturelle de la comédie égyptienne est très intéressante. Ahmad Zaki m’a agréablement surpris aussi par son enthousiasme à dire combien le psychologique est déterminant dans l’approche du personnage qu’il va jouer. J’ai choisi Ahmed Al Qualla comme producteur parce qu’il a produit le plus de films intéressants et surtout de la nouvelle génération. Je lui ai demandé d’intervenir sur la question du rapport entre le bon goût et le commerce. A mon sens toutes les réponses étaient très riches d’informations et de réflexions justes sur le sujet.

Mouna Thabith Akhir Sa’a Février 1989 Le Caire.

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